Mathieu Ouedraogo, un homme engagé pour l’alphabétisation

Article : Mathieu Ouedraogo, un homme engagé pour l’alphabétisation
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9 septembre 2020

Mathieu Ouedraogo, un homme engagé pour l’alphabétisation

Le 8 septembre a été déclaré Journée internationale de l’alphabétisation par L’UNESCO en 1966. A l’occasion de sa célébration cette année, je me suis interrogée sur la question de l’alphabétisation dans mon pays. J’ai alors dirigé ma plume vers Mathieu Ouedraogo, un citoyen engagé dans la promotion de l’alphabétisation en Côte d’Ivoire.

Mathieu Ouedraogo est le Président fondateur de l’Union des Apprenants de Côte d’Ivoire (UACI). Son organisation fait la promotion de l’alphabétisation et de l’excellence depuis 2016. Il est lui-même le fruit de l’alphabétisation.

M. Ouedraogo, qu’est-ce qui explique que nombre de personnes n’apprennent pas à lire et à écrire selon l’éducation formelle ?

M. Ouedraogo : Dans mon cas, au village, mes parents manquaient de moyens financiers. Les raisons avancées par les populations sont par ailleurs diverses même si le problème des ressources est récurrent. L’ignorance des parents est une autre cause de taux élevé d’analphabètes. Pour certains d’entre eux, il n’est pas nécessaire d’aller à l’école car ce n’est pas seulement par l’école que l’on réussi sa vie. Il y a aussi une autre raison : la séparation des parents. Certains pères refusent en effet de scolariser l’enfant sous prétexte d’une vengeance. Les enfants eux-mêmes refusent parfois d’aller à l’école et pratiquent l’école buissonnière.

Il y a-t-il régression ou plutôt augmentation du taux d’analphabètes en Côte d’Ivoire?

M. Ouedraogo : En 2019, le taux d’analphabètes était de 43% contre 51% en 2010. Il y a donc une très bonne régression du taux d’analphabètes en Côte d’Ivoire.

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Quels sont les obstacles que vous rencontrez dans la promotion de l’alphabétisation ?

M. Ouedraogo : Le complexe d’âge et les moqueries de l’entourage sont des freins à l’alphabétisation. Le manque d’encouragement et de motivation des proches aussi. La question des moyens financiers revient aussi pour les personnes que nous approchons. Ce n’est pas du tout facile mais ce n’est pas non plus impossible si la volonté y est.

Au niveau des animateurs des centres, malgré les sacrifices qu’ils font, les per diem ne sont pas reversés à temps parce que les apprenants traversent des difficultés financières. Il y a en outre des patrons qui refusent catégoriquement d’accorder juste 2 heures par jour à leurs employés pour aller apprendre. Je pourrais encore citer les difficultés pour bénéficier des prises en charges municipales afin de faciliter le paiement des frais de formations des apprenants.

Peut-on avoir une idée de ces frais ?

M. Ouedraogo : Les tarifs varient. Pour le niveau 1 (CP1), il faut prévoir 23000 de nos francs pour l’année, voire 25 000 F. Ce coût n’inclut pas les fournitures. Pour le niveau 4 (CM2), il faut aussi 25 000 F. Les frais de dossier pour le concours d’entrée en 6e des candidats (libres), s’élève quant à lui à 7 000. L’argent à débourser est parfois une cause d’abandon des apprenants.

D’autres personnes/organisations apportent-elles leur appui à la lutte contre l’analphabétisme ?

M. Ouedraogo : Bien sûr ! D’abord, l’ État de Côte d’Ivoire a mis à la disposition des promoteurs toutes les écoles primaires publiques de côte d’ivoire pour dispenser les cours. Le coût de la formation est à caractère social, payable par modalités. Dans chaque quartier, même dans les villages, il y a des écoles publiques donc une chance d’avoir un centre d’alphabétisation. Ensuite, il y a une pléiade d’organisations qui œuvrent pour l’alphabétisation des populations : la Direction de l’Alphabétisation et de l’Education Non Formelle (DAENF), le Comité Communal de l’Alphabétisation de Marcory (CCAM) etc. Enfin, les 33 membres du bureau exécutif de l’UACI ainsi que ses plus de 350 membres actifs, tous des apprenants, font la promotion de l’alphabétisation.

Quels résultats majeurs avez-vous atteints avec l’Union des apprenants de Côte d’Ivoire ?

M. Ouedraogo : Nous avons visité plusieurs centres pour nous entretenir avec leurs apprenants. Ceux-ci ont eu un taux de 100% de réussite au CEPE. Parmi les reçus il y avait des personnes âgées de 50 ans et plus ! L’ONG a par ailleurs récompensé des apprenants qui se démarquent et fait une sensibilisation de masse à travers les commune de Marcory et Yamoussoukro. Nous avons aussi récompensé des promoteurs et animateurs des centres d’alphabétisation. UACI a également travaillé à réduire la scolarité pour les meilleurs apprenants.

Cérémonie de récompense des animateurs et promoteurs à Bouaflé, mai 2019 – Mathieu Ouedraogo

Quel a été l’impact de la Covid-19 sur l’année scolaire ?

M. Ouedraogo : La pandémie a négativement influencé cette année. La journée internationale de l’alphabétisation en 2020 a justement mis l’accent sur l’enseignement et l’apprentissage de l’alphabétisation en période de crise due à la pandémie de COVID-19 et au-delà. Nous n’avons pas eu de bons résultats parce que les centres étaient fermés.

Vos attentes aujourd’hui ?

M. Ouedraogo : Nos attentes sont multiples. Nous souhaitons avoir des structures médiatiques pour faire la promotion de notre mission sacerdotale. Aussi avons-nous besoin de bénéficier de subventions en kits pour encourager les apprenants. Encore souhaitons-nous avoir accès à nos élus et structures afin de nous aider à faire la promotion de l’excellence dans l’alphabétisation. Nous pourrions avoir une journée de l’excellence dédiée aux apprenants !

Un message pour tous ceux et celles qui hésitent à prendre la voie de l’alphabétisation ?

M. Ouedraogo : Je veux juste leur dire de ne pas avoir honte. Il ne faut pas avoir un complexe à cause de l’âge car il n’est jamais trop tard pour apprendre. L’alphabétisation est une seconde chance qu’il faut saisir.

J’ai découvert l’homme par ses interventions sur mon blog Lisi YAO. Il m’a inspiré un texte :

LIRE ET ÉCRIRE DÉLIVRENT

Lire et écrire délivrent
Élixirs de liberté
Voies d’exploration

Voix d’extériorisation.

Lire et écrire délivrent
Ce sont de si proches amis
Qui nous appellent à nous joindre à eux,
A manger à la table des mots.

Lire et écrire délivrent.
Ce sont des passeports pour la vie.
Des notes pour l’après-vie.

Des lettres, des chiffres, des signes

Écrits sur supports,
Dans nos esprits,
Accompagnent nos premiers cris,
Raccompagnent notre dernier souffle.

Lire et écrire des livres délivre,
C’est marquer la vie.

16 décembre 2019

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