Le Forum économique KAS PDWA 2024 : un tremplin pour les entrepreneurs de l’Afrique de l’Ouest
Les entrepreuneurs de l’Afrique de l’ouest ont un tremplin pour le deploiement de leurs activités. Ce tremplin, ce sont les forums économiques de la Konrad Adenauer Stiftung (KAS).
Dans le cadre de son programme Dialogue Politique en Afrique de l’Ouest (PDWA – Political Dialogue in West Africa), la KAS donne rendez-vous aux parties concernées et intéressées par des thèmes d’actualité en lien avec l’économie. Cette année 2024, le forum s’est tenu sur le thème : « L’entreprise et le financement », un sujet qui intéresse. Le thème est d’intérêt car la plupart des entreprises en Afrique de l’Ouest ferment leurs portes au bout de trois ans d’existence. Selon les entrepreneurs, cela est principalement dû au manque de ressources financières.
Le manque de ressources financières empêche-t-il cependant de nombreuses autres personnes de créer de nouvelles entreprises, de se lancer dans l’entrepreneuriat ? La réponse est « non ». Que faut-il faire alors pour assurer la pérennisation des entreprises ? Surtout quand on sait que l’entrepreneuriat est une voie empruntée par plus d’un dans le but de créer des richesses ? J’ai trouvé des éléments de réponse au forum KAS PDWA 2024, au cours duquel j’ai eu le plaisir et l’honneur de modérer deux communications et un panel à Abidjan, ces 6 et 7 novembre.
La levée de fonds en Afrique
C’est l’intitulé de la première communication que j’ai modérée. Elle a été présentée par M. Gaëtan TOBO, Directeur Général de la microfinance Alliance pour le Développement de l’Épargne et du Crédit en Côte d’Ivoire (ADEC-CI). Vu que les ressources financières sont importantes pour la vie d’une entreprise, M. TOBO a entretenu l’auditoire sur les éléments clés qui favorisent une levée de fonds. Pour avoir racheté la microfinance ADEC en 2020, il était plus que bien placé pour orienter les nombreux entrepreneurs présents, venus chercher des solutions pour le développement de leurs business.
Les moyens alternatifs de financement pour les jeunes entrepreneurs
Nous en avons beaucoup appris avec M. TOBO sur les notions de Business angel, Love money et surtout sur l’importance de la bonne structuration du projet. La survie d’une entreprise dépend en effet d’une bonne organisation de base.
La majorité des jeunes entrepreneurs rêvent du crédit bancaire pour déployer leurs projets. Cependant, M. TOBO a invité à essayer la piste des Business angels et du Love money. Ces deux moyens de financement alternatifs souvent mieux adaptés aux projets, vu leur taille, leur nature et leur structure.
Les Business angels et le Love money
Le Business angel est une personne qui croit en votre projet, qui épouse votre vision et est prête à vous accompagner financièrement ou à tout autre niveau pour sa réalisation. C’est parfois un proche, une connaissance, un ami, un membre de la famille. Le Love money, c’est l’argent collecté grâce à la contribution de personnes qui croient en notre projet ou veulent tout simplement nous aider à le réaliser. Cet argent vient généralement de la famille, des amis, de toute personne qui veut nous aider à concrétiser notre projet. Le crowdfunding, un autre moyen de financement, permet quant à lui de collecter des ressources via des plateformes digitales dédiées. Il permet d’élargir le soutien à un plus large public.
M. TOBO a par ailleurs rappelé que le remboursement du financement, lorsqu’il est remboursable (dans le cas du Business angel, par exemple), et le fait de rendre compte sur la gestion de l’entreprise sont très importants pour sa bonne gestion.
Inspirer confiance et « sentir » le succès pour séduire les Business angels et « attirer » le Love money
Inspirer confiance : c’est la base pour susciter l’intérêt du Business angel, attirer le Love money et, à une plus grande échelle, intéresser les banques. Le Business angel ou encore l’ange qui vient nous aider à réaliser le miracle du déploiement de notre affaire grâce à sa participation financière, doit en effet, en plus de son amour pour nous et pour notre projet, avoir confiance en nous, en notre projet, dans le fait qu’il soit prometteur. Et cette confiance est nourrie par notre savoir-être et notre savoir-faire. J’ai envie d’ajouter : par notre savoir gérer et notre savoir fructifier. Les soft skills et hard skills doivent donc être au rendez-vous. Se former, acquérir des connaissances, comme l’a souligné M. TOBO, sont des clés pour inspirer confiance, susciter l’investissement d’un Business angel et attirer le Love money.
Formaliser son entreprise, un prérequis pour être éligible au financement bancaire
L’existence légale d’une entreprise est incontournable pour qui veut décrocher un financement auprès d’une institution bancaire. Être à jour de ses impôts également.
De nombreux entrepreneurs présents au forum économique de la fondation Konrad Adenauer ont cependant évoqué des freins à cette formalisation : la lourdeur administrative ainsi que les ressources financières nécessaires pour la formalisation de l’entreprise et pour le paiement des impôts. Sur le sujet, tous les intervenants des communications et panels ont signifié qu’aucune entreprise qui n’existe pas formellement ne peut se plaindre de ne pas obtenir des fonds auprès des institutions bancaires. Si vous n’existez pas légalement, aucune banque ne peut vous faire de crédit.
Mme MABEA, de la Direction des Opérations d’Assiette, a quant à elle rappelé les réformes mises en place par l’État de Côte d’Ivoire depuis plusieurs années pour simplifier la création d’entreprises et le paiement des impôts. Parmi ces réformes, l’on peut citer :
- Le guichet unique ;
- Les frais d’immatriculation désormais à 15 000 FCFA, avec des exonérations possibles pour certains statuts ;
- La levée de l’obligation de notaire pour les SARL.
Sortir des sentiers battus pour réussir
Monsieur KOUAME, mon deuxième intervenant qui nous a entretenus sur le thème « Sortir des sentiers battus », n’a cessé de marteler que le premier obstacle qui freine les entrepreneurs est leur système de pensée. Il a donné, entre autres exemples, celui du suivisme en matière d’entrepreneuriat, qui pousse une personne à se lancer dans un business surtout parce qu’une autre l’a adopté et en tire quelques richesses, parfois dans un environnement pourtant saturé, où d’autres solutions pourraient être envisagées.
Chers entrepreneurs, que retenir?
En définitive, les ressources financières sont essentielles pour le développement d’une entreprise. Cependant, les entrepreneurs doivent eux-mêmes mettre toutes les chances de leur côté pour réussir leurs projets. Ils doivent avoir une vision claire ainsi que les compétences nécessaires pour la concrétiser, en commençant par une bonne structuration de leurs projets. C’est ce que je retiens au sortir du forum KAS PDWA 2024 sur « l’entreprise et le financement », après le deuxième et dernier panel du forum, que j’ai modéré. Mes invités sur le panel, Mme Von Mettenheim de la Chambre de commerce d’Allemagne en Côte d’Ivoire, Mme Mabea de la Direction des Opérations d’Assiette, M. Kouamé, PCA de United Bank of Africa, et M. Stéphane Dedi, économiste et consultant, étaient unanimes sur cette question.
Le forum, marqué par des présentations de produits et services des entrepreneurs présents, s’est clôturé après la lecture des résolutions et recommandations formulées par les participants, pour un changement positif.

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